lundi 31 octobre 2011

Facebook : la face obscure de l'archivage

Facebook est devenu le site social incontournable pour partager les évènements de votre vie avec vos amis, qu’il s’agisse de photos, de vidéos, de publications, de messages, de commentaires, etc.
Mais qu’un sinistre se produise dans les salles informatiques de Facebook et ce sont peut-être toutes vos données accumulées durant plusieurs années qui peuvent être perdues.
Il existe heureusement un moyen efficace de sauvegarder le contenu de votre profil Facebook ; c’est l’Archive.
Il permet de récupérer localement sur votre disque dur :
- les photos ou vidéos que vous avez publiées sur Facebook
- vos publications, vos messages et vos conversations instantanées
- la liste des contacts (le nom de vos amis) et, dans certains cas, leur adresse électronique
- vos activités, vos notes, vos infos, etc.
Sont exclues des archives, les photos et mises à jour de vos amis, les infos personnelles d’autres personnes, vos commentaires sur les contenus d’autres personnes.
Cet outil est notamment disponible via le bouton "Modifier le profil", "Coordonnées", "Ajouter/Supprimer une adresse électronique" puis en bas de page choisir "Télécharger une copie" de vos données sur Facebook. Lancer ensuite l'archivage et une heure plus tard vous serez averti par email que la copie est à votre disposition en format ZIP. Ce fichier occupe entre 1 MB et plusieurs centaines de megabytes.
Une fois le fichier dézippé, vos documents seront disponibles dans plusieurs sous-répertoires (html, photos, videos, etc) contenant vos différents documents de Facebook (album, friends, messages, notes, photos, profile, videos, wall, etc)
Sur le principe, cet outil est très utile mais il met aussi en évidence la face obscure de Facebook...


Analyse des archives
En effet, en analysant vos archives vous allez probablement découvrir à côté de vos documents habituels que non seulement Facebook a bien préservé toutes vos informations mais qu’il a également conservé des données confidentielles comme le contenu des messages privés que vous avez eux avec vos amis !
Facebook a également conservé les données que vous aviez effacées de votre profil : des messages privés que vous avez eux avec des amis que vous avez supprimés, les noms des groupes dont vous étiez membres et supprimés, les noms de sociétés effacées, etc.
Dans certains cas, si ces données sont "sensibles" et parviennent entre les mains de personnes mal intentionnées, cela peut vous porter préjustice moralement ou professionnellement.
Il y a ici visiblement une atteinte à la vie privée que plus d’un ont déjà dénoncés par le passé.
Gardez vos données sous contrôle
Dans un monde numérique où les données sont de plus en plus disséminées sur Internet, conserver ses données personnelles sous contrôle devient difficile. La meilleure méthode est de ne pas les mettre à disposition du public.
Mais que faire quand elles sont déjà sur le web ? Tenter de les effacer... mais cela signifie que le site dépositaire de ces données les efface de manière permanence et qu'il n'existe pas de site miroir ou de site siphonant vos données chaque soir (comme c'est le cas sur les forums). Or Facebook nous démontre avec son outil Archive que certaines données ne sont jamais réellement effacées de leurs systèmes.
La rétention de ces messages privés et de ces informations effacées pose un problème éthique. On ignore l’usage que peut en faire Facebook ou un pirate informatique et cela mériterait que l’on poursuive Facebook en justice pour rétention d'information contre le consentement de son auteur.
Décidemment, Facebook est à l'image du web, passionnant au point de vous leurrer par toute sa puissance mais parfois pervers et malicieux si on n'y prend garde. Qu'en pense le Parlement Européen ?

jeudi 27 octobre 2011

Objectif photo : la valse des prix sur Internet

Comparer les prix avant d'acheter un article onéreux dans un magasin ou sur Internet est un conseil qu'il est plus que recommandé de suivre.
Prenons un exemple. Au Luxembourg le zoom FX Nikkor 70-300 mm f/4.5-5.6 G IF ED AF-S VR est vendu 549 € ttc chez Saturn à Belval contre... 445.90 € seulement sur Amazon.fr (avec achat en magasin pour Saturn et livraison gratuite pour Amazon).


Après discussion, Saturn prétend ne pas pouvoir baisser son prix... !
Or il y a 23% de différence entre les deux enseignes...! Mais de qui se moque-t-on quand on sait que Saturn appartient au groupe Media Mart, connu pour casser les prix ?
A cela Saturn me répond qu'il n'y a pas de centrale d'achat commune aux deux enseignes, sous-entendant que chaque magasin achète pour son propre compte. A les croire, Saturn ne connaît pas encore les économies d'échelle et les achats groupés !
A titre de comparaison Pixmania propose le même objectif en promo à 489 €, livraison gratuite. Il est à 576 € chez Rue Du Commerce.
Mais il y a pire : on le trouve aussi à 650 € chez eboutique.fr, à 719 € chez BureauTech et même à 816 € chez MMCZI ! Cela fait... 83% de différence avec Amazon !
Même différence pour le zoom FX Nikkor 28-300 mm f/3.5-5.6 G ED AF-S VR proposé à 1100 € chez Saturn et seulement 835 € sur Amazon, soit 24% moins cher !


Ce n'est pas le seul exemple et chacun sait que les prix de la FNAC (multimédia) ou de Krëfel (électro-ménager) sont également très élevés comparés à ceux des webmarchands.
Ceci dit chacun est libre d'acheter ses objectifs au prix qu'il veut, en fonction de la proximité du magasin, de sa relation avec ce vendeur, de la qualité du SAV, etc. Mais désolé, lorsque la différence de prix d'un magasin à l'autre est si élevée, personne ne se pose plus de question.
Finalement, les prix d'Amazon sont très concurrentiels et leur service toujours excellent, foi d'expérience.
Bien entendu, si un appareil acheté chez Amazon tombe en panne en dehors de la période de garantie vous devez le renvoyer chez le vendeur à vos frais (80-100 euros via transporteur privé). Mais quel est le risque qu'il tombe en panne ? Très faible.

mercredi 19 octobre 2011

Glassdoor fait la revue des sociétés

Vous cherchez un emploi ou des informations sur une société ? Le site Glassdoor publie une revue des principales sociétés anglosaxonnes, y compris la fourchette des salaires, les places vacantes, etc.
Pour les futurs et actuels salariés, la section la plus intéressante du site est sans conteste la rubrique "Review" qui décrit notamment comment la société est perçue à l'extérieur, par les salariés, le taux de rotation du personnel, la qualité du travail des RH, la difficulté des interviews d'embauche, les ressources de la société, les possibilités d'évolution, l'ambiance de travail, bref les avantages et les inconvénients de travailler pour cette entreprise ou l'une de ses filiales.
Sont ainsi passées en revue de grandes sociétés telles que AmazonAmerican Express, Badenoch & Clark,  BNP Paribas, DeloitteDeutsche Bank, Ernst and Young, HendersonHP, HSBCIBM, ING, JP Morgan, KPMGMorgan Stanley, RBC Dexia, SESSogeti, etc.
Les propos proviennent d'employés et de managers de la société concernée ou sont extraits d'articles de journaux. Sur base de recoupements (du point de vue d'autres employés) ils sont exacts à la date de publication.
Notons que les abonnés au site ont accès à des données plus détaillées.
Ces revues donnent parfois un tout autre regard sur certaines sociétés, au grand dam de leur management mais qui dispose ainsi d'un point de vue extérieur et une opportunité pour améliorer les points faibles soulevés dans la revue.

jeudi 6 octobre 2011

Steve Jobs est décédé (1955 - 2011)

Steve Jobs, qui avait cofondé la société Apple Inc. avec Steve Wozniak en 1976 et fondé la société Pixar est décédé mercredi 5 octobre 2011 à l'âge de 56 ans des suites d'un cancer du pancréas.
Apple a mis sur le marché des produits originaux comme l'ordinateur Apple et le Mac, et  lancé récemment des produits phares comme l'iMac, l'iPod, l'iPhone ou l'iPad dont de nombreux fabricants se sont ensuite inspirés. Steve a également développé une stratégie marketing (AppleStore) et des produits musicaux (iTunes) qui font aujourd'hui références.
Malheureusement Steve n'aura pas eu le temps de voir la sortie de son iPhone 4S.
Une page de l'histoire de la micro-informatique est définitivement tournée.
L'avenir d'Apple
En l'absence de ses fondateurs, on peut imaginer que la société Apple soit vite dépassée par ses concurrentes, au grand dam de ses fans.
En réalité, même si aux yeux du public Steve Jobs représentait Apple, il était également entouré d'une équipe de talentueux ingénieurs et de départements commercial et marketing très performants qui servent toujours cette société de 49000 employés.
On ne doit donc pas s'attendre à une profonde modification de la stratégie de la société ni même à une chute du cours de l'action d'Apple parce que son fondateur a disparu (rappelons que l'action d'Apple a toujours chuté de quelques pourcents après la sortie d'un nouveau produit du simple fait des spéculations).
Mais face à ses concurrents (Samsung, Nokia, Motorola, HTC, etc), Tim Cook va devoir non seulement innover pour conserver ses 30% de parts de marché des smartphones aux Etats-Unis et en Europe mais également gérer la dette à long terme d'Apple qui s'élève à... 10 milliards de dollars !
Il va sans dire que même entouré d'employés  très motivés, d'un point de vue purement financier des nuages sombres planent au-dessus de la firme de Cupertino. L'avenir d'Apple reste incertain.
Le discours de Steve Jobs à Stanford
Le 12 juin 2005, Steve Jobs prononçait un discours mémorable devant les nouveaux diplômés de l'université de Stanford. Voici la transcription de son discours.
C'est un honneur de me trouver parmi vous aujourd'hui et d'assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde.
Je n'ai jamais terminé mes études supérieures. À dire vrai, je n'ai même jamais été témoin d'une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd'hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C'est tout. Rien d'extraordinaire. Juste trois expériences.


Pourquoi j'ai eu raison de laisser tomber l'université
La première concerne les incidences imprévues. J'ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j'y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n'ai-je pas poursuivi?
Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu'ils préféraient avoir une fille.
Mes parents, qui étaient sur une liste d'attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit: "Nous avons un petit garçon qui n'était pas prévu. Le voulez-vous?" Ils répondirent: "Bien sûr." Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n'avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n'avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d'adoption et ne s'y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j'irais à l'université.
Dix-sept ans plus tard, j'entrais donc à l'université. Mais j'avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n'en voyais toujours pas la justification. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n'imaginais pas comment l'université pouvait m'aider à trouver ma voie. J'étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber.
Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c'est un des meilleurs choix que j'aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j'abandonnais les matières obligatoires qui m'ennuyaient pour suivre les cours qui m'intéressaient.
Tout n'était pas rose. Je n'avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m'offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l'avenir. Laissez-moi vous donner un exemple: le Reed College dispensait probablement le meilleur enseignement de typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée.
Parce que je n'avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m'inscrire en classe de calligraphie. C'est ainsi que j'appris tout ce qui concernait l'empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d'une typographie. C'était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J'étais fasciné.
Rien de tout cela n'était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l'incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d'une typographie élégante. Si je n'avais pas suivi ces cours à l'université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels.
Et comme Windows s'est borné à copier le Mac, il est probable qu'aucun ordinateur personnel n'en disposerait. Si je n'avais pas laissé tomber mes études à l'université, je n'aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n'auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j'étais à l'université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.
On ne peut prévoir l'incidence qu'auront certains événements dans le futur; c'est après coup seulement qu'apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu'ils joueront un rôle dans votre avenir. L'essentiel est de croire en quelque chose - votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.


Pourquoi mon départ forcé d'Apple fut salutaire
Ma deuxième histoire concerne la passion et l'échec. J'ai eu la chance d'aimer très tôt ce que je faisais. J'avais 20 ans lorsque Woz (Steve Wozniak, le cofondateur d'Apple, ndlr) et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4.000 employés dont le chiffre d'affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d'avoir 30 ans.
C'est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d'une société que vous avez créée? C'est bien simple, Apple ayant pris de l'importance, nous avons engagé quelqu'un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l'entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien.
Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d'administration s'est rangé de son côté. C'est ainsi qu'à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d'être de ma vie n'existait plus. J'étais en miettes.
Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J'avais l'impression d'avoir trahi la génération qui m'avait précédé, d'avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C'était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j'ai peu à peu compris une chose: j'aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m'était arrivé chez Apple n'y changeait rien. J'avais été éconduit, mais j'étais toujours amoureux. J'ai alors décidé de repartir de zéro.
Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d'Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l'une des périodes les plus créatives de ma vie.
Pendant les cinq années qui suivirent, j'ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d'une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d'animation en trois dimensions, "Toy Story", est aujourd'hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique.
Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd'hui la clé de la renaissance d'Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.
Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c'est mon amour pour ce que je faisais qui m'a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l'on aime et qui l'on aime. Le travail occupe une grande partie de l'existence, et la seule manière d'être pleinement satisfait est d'apprécier ce que l'on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C'est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s'améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu'à ce que vous trouviez.
Pourquoi la mort est la meilleure chose de la vie
Ma troisième histoire concerne la mort. À l'âge de 17 ans, j'ai lu une citation qui disait à peu près ceci: "Si vous vivez chaque jour comme s'il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison." Elle m'est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant: "Si aujourd'hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j'aimerais faire ce que je vais faire tout à l'heure?" Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j'ai besoin de changement.
Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j'ai découvert de plus efficace pour m'aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout - tout ce que l'on attend de l'extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l'échec - s'efface devant la mort, ne laissant que l'essentiel.
Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d'éviter le piège qui consiste à croire que l'on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre son coeur.
Il y a un an environ, on découvrait que j'avais un cancer. À 7 heures du matin, le scanner montrait que j'étais atteint d'une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu'était le pancréas. Les médecins m'annoncèrent que c'était un cancer probablement incurable, et que j'en avais au maximum pour six mois.
Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie: "Préparez-vous à mourir." Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.
J'ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m'a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l'estomac et l'intestin. J'étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m'a raconté qu'en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j'avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m'a opéré et je vais bien.
Ce fut mon seul contact avec la mort, et j'espère qu'il le restera pendant encore quelques dizaines d'années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n'était pour moi qu'un concept purement intellectuel: personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n'ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous.
Personne n'y a jamais échappé. Et c'est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C'est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l'ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l'ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d'être aussi dramatique, mais c'est la vérité.
Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n'est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d'autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. L'un et l'autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.
Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication "The Whole Earth Catalog", l'une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d'ici, à Menlo Park, et il l'avait marquée de sa veine poétique. C'était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l'édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C'était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d'idées épatantes.
Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de "The Whole Earth Catalog". Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C'était au milieu des années 1970, et j'avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d'une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l'auto-stop si vous avez l'esprit d'aventure. Dessous, on lisait: "Soyez insatiables. Soyez fous." C'était leur message d'adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C'est le voeu que j'ai toujours formé pour moi.
Et aujourd'hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d'une nouvelle vie, c'est ce que je vous souhaite.
Soyez insatiables. Soyez fous.
Merci à tous.